La vie et l'œuvre de Jean-Jacques Audubon
Sa vie est un roman, Son œuvre un monument
Découvrez l'homme derrière le mythe, le naturaliste aventurier et l'artiste visionnaire dont l'œuvre "Les Oiseaux d'Amérique" a révolutionné la perception de la faune. Plongez dans l'histoire de cette création sans précédent et comprenez pourquoi elle captive toujours autant aujourd'hui.

Audubon : l'homme, le mythe, le visionnaire
La vie de Jean-Jacques Audubon est un véritable roman. Né aux Cayes, à Saint-Domingue, élevé en France puis envoyé aux États-Unis par son père à l’âge de dix-huit ans, il a su allier l'élégance artistique européenne à l'esprit pionnier de l'Amérique. Aventurier, naturaliste, peintre et observateur infatigable, Audubon a incarné le rêve américain, celui d'un homme parti de presque rien pour réaliser une ambition démesurée : étudier et représenter les oiseaux d’Amérique comme personne ne les avait jamais vus.
Une œuvre démesurée : "Les Oiseaux d'Amérique"
Au début des années 1820, Audubon a parcouru l’Amérique, ses carnets et ses pinceaux à la main, pour capturer la vie aviaire. En 1826, face à l'impossibilité de publier son œuvre aux États-Unis, il traverse l’Atlantique. Son image d'homme des bois américain et la qualité de ses illustrations fascinent l’Europe. Il trouve en Grande-Bretagne les graveurs, le papier grand format et les souscripteurs nécessaires pour donner corps à son rêve. En 1838, après plus de dix années d’efforts, "The Birds of America" est achevé : 435 planches monumentales, imprimées au format Double Éléphant, composent l’un des plus grands livres illustrés, jamais réalisé en quatre volumes accompagnés de cinq ouvrages classiques intitulés l’Ornithological Biography, donnant à l’œuvre visuelle sa profondeur scientifique et narrative.

La pérennité d'un héritage et notre Réédition
Audubon fut un géant ambigu, mais un géant. Un homme d’instinct, de théâtre et d’obsession, capable de transformer l’observation des oiseaux en épopée artistique.
Œuvre d’une vie, The Birds of America est donc bien plus qu’un livre : c’est un monument scientifique,artistique et technique. Audubon y apparaît à la fois comme aventurier, observateur, peintre, ornithologue, entrepreneur et visionnaire. Franco-Américain par son histoire, américain par son mythe, européen par la réalisation matérielle de son chef-d’œuvre, il a créé un ouvrage hors norme, à la mesure d’un continent etd’une ambition sans limite.
Notre Réédition chez ARTVAL, limitée à 200 exemplaires, allie technologie numérique et savoir-faire artisanal pour rééditer "Les Oiseaux d'Amérique" à l'identique, offrant une immersion sans précédent dans le génie de cet homme exceptionnel.
« Partout où il y a des oiseaux, il y a Audubon, un oiseau rare lui-même, un oiseau d'Amérique ». Richard Rhodes
À la fin du 18e siècle, Les Cayes est un port colonial en plein essor sur l’île de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti). Le 26 avril 1785, un enfant nommé Jean Rabin y naît, fruit de la relation entre Jean Audubon, officier de marine et planteur, et Jeanne Rabin, une jeune servante arrivée de France quelques mois auparavant. À l'âge de 3 ans, Jean est envoyé en France pour échapper aux révoltes d'esclaves. Il est accueilli et élevé au manoir de La Gerbetière à Couëron (Loire-Atlantique) par Anne Moynet-Audubon, sa belle-mère la femme de son père. En 1794, il est adopté et prend officiellement le nom de Jean-Jacques Audubon. Dès son plus jeune âge, il montre un vif intérêt pour le dessin et la zoologie, en particulier pour les oiseaux des marais et de l’estuaire de la Loire. Cet intérêt est nourri par les enseignements de Charles-Marie d’Orbigny, chirurgien de marine passionné d’ornithologie, également né à Saint-Domingue en 1770.
Cependant, c’est aux États-Unis, où il s’est enfui avec un faux passeport pour éviter les conscriptions napoléoniennes, que sa passion pour l’ornithologie prend véritablement forme. Grâce à une somme d'argent fournie par son père, il devient propriétaire d’une ferme et d’une mine de plomb à Mill Grove en Pennsylvanie. Là, il tombe amoureux de la nature environnante, tout comme de Lucy, la fille d’un propriétaire terrien voisin, qu’il épouse en 1808. C’est à cette période qu’il commence ses premiers travaux ornithologiques sérieux, ses premiers baguages et ses premières aquarelles naturalistes.
Trois ans plus tard, le couple s’installe dans le Kentucky. Malgré des revers financiers, Lucy et Jean-Jacques, désormais connu sous le nom de John James Audubon, vivent dans une maison en rondins, adoptant le mode de vie des trappeurs. Ils survivent grâce à la chasse et à la pêche, tout en établissant des contacts avec les Amérindiens, dont Audubon respecte profondément la culture et les connaissances. C’est également à cette époque que naissent leurs deux fils, Victor Gifford et John Woodhouse.
Fuyant la guerre de 1812 entre Américains et Britanniques, Audubon et sa famille s'installent à La Nouvelle-Orléans, où il achète un moulin. Bien que l'entreprise prospère initialement, elle fait faillite et conduit Audubon en prison pour dettes en 1819. Malgré ces difficultés, Audubon ne se laisse pas abattre. Il multiplie les activités pour subvenir aux besoins de sa famille : il donne des cours de dessin, réalise des portraits et pratique la taxidermie après s'être formé à cette technique. Cependant, ces efforts ne suffisent pas à assurer un revenu stable.
Heureusement, Lucy, son épouse, trouve un emploi de préceptrice chez de riches planteurs, garantissant ainsi un revenu régulier pour la famille. Libéré des soucis financiers, Audubon se consacre à sa passion pour la faune locale, qu'il observe et peint inlassablement, non seulement en Louisiane, mais aussi dans les États voisins comme l'Alabama, la Floride et le Mississippi. Il envisage alors de réaliser un recueil inédit de peintures naturalistes sur les oiseaux d'Amérique.
En 1824, son recueil est enfin prêt. Audubon, convaincu de la qualité de son travail, se rend à Philadelphie pour obtenir le soutien des scientifiques et trouver un éditeur. Malheureusement, il se heurte au mépris des membres de l'Académie des Sciences naturelles, influencés par la jalousie d'un peintre naturaliste local nommé Wilson. Par ailleurs se posait aussi le problème de trouver un graveur de talent et un papetier capable de produire le format Double Eléphant.
Déçu mais déterminé, Audubon décide de tenter sa chance en Europe. En 1826, il embarque à La Nouvelle-Orléans sur un navire en direction de Liverpool, emportant avec lui près de 50 kg de dessins et peintures représentant l'avifaune qu'il a étudiée pendant des années. À son arrivée, les milieux scientifiques britanniques l'accueillent avec enthousiasme. Il rencontre les plus hautes autorités, qui soutiennent son projet et l'intègrent aux sociétés royales de Londres et d'Édimbourg. À Paris, Georges Cuvier, secrétaire général du Muséum d'Histoire naturelle, est stupéfait par la qualité de son travail. Contrairement au comte de Buffon, qui représente les oiseaux dans des poses figées dans son Histoire naturelle des oiseaux, Audubon les illustre dans des scènes de vie d'un réalisme inédit. Son œuvre décrit même des oiseaux encore inconnus des scientifiques européens. Malgré la reconnaissance de son talent, les souscriptions pour publier Les Oiseaux d'Amérique (The Birds of America) tardent à se concrétiser, tant à Paris qu'à Londres.
Il a fallu près de dix ans aux éditeurs britanniques pour publier intégralement l'incroyable travail d'Audubon, sous la forme de gigantesques planches où les oiseaux sont représentés à taille réelle. En tout, 435 aquarelles furent d'abord gravées en taille douce et à l'aquatinte par Robert Havell père et fils, puis imprimées en noir au format double éléphant folio, soit 100 x 68 cm., avant d'être coloriées à la main par une quarantaine de coloristes C’était le plus grand livre illustré jamais publié à l’époque ! Ce livre exceptionnel, tiré à 200 exemplaires, compte encore 119 exemplaires aujourd'hui, dont 108 se trouvent dans des musées ou des collections officielles. La valeur de chacun d’entre eux est bien entendu considérable, comme en témoigne la vente chez Sotheby’s à Londres en 2010 d’un des rares exemplaires privés : "Les Oiseaux d’Amérique" a été adjugé à 8,6 millions d’euros ! Quatre exemplaires sont répertoriés en France.
À l’époque de sa parution, The Birds of America fut acquis par les plus illustres souscripteurs de son temps : le roi George IV, puis la reine Adélaïde, le roi Charles X, le roi Louis-Philippe, le prince Masséna, le grand-duc de Toscane, Mademoiselle d’Orléans, de nombreux ducs et aristocrates anglais, ainsi que de grandes fortunes américaines et de prestigieuses institutions scientifiques, universitaires et patrimoniales.
Une autre édition suivit, réduite au format in-octavo, pour être accessible au plus grand nombre. Entre-temps, Audubon est retourné aux États-Unis et a repris, en compagnie de son fils cadet et de quelques assistants, des recherches zoologiques qui l’ont conduit jusqu’à Terre-Neuve et dans le Labrador, dont la faune avicole était peu connue. Établi à New York en 1842, où il acquiert une propriété en bordure de l’Hudson, Audubon décline dès 1848 après être allé explorer les richesses ornithologiques de l’Ouest américain. Il meurt à New York le 27 janvier 1851. Son monument funéraire est visible à Manhattan dans l’un des trois cimetières de la Trinity Church, à deux pas de Broadway.
Jean-Jacques Audubon est l’homme de tous les superlatifs : aventurier, visionnaire, obstiné, excessif, génial. Sa vie est celle d’un homme sans limite ; son œuvre, celle d’un livre hors norme.
Dates-clés :
1785 — Naissance aux Cayes, à Saint-Domingue, actuelle Haïti.
1803 — Installation aux États-Unis, à Mill Grove, près de Philadelphie.
1826 — Départ pour l’Angleterre avec son portefeuille d’aquarelles.
1827 — Début de la publication de The Birds of America.
1828 — Séjour à Paris ; rencontre avec Cuvier, Redouté et les cercles savants et artistiques français.
1838 — Achèvement de The Birds of America.
1831-1839 — Publication des cinq volumes de l’Ornithological Biography.
1845-1848 — Publication des planches de The Viviparous Quadrupeds of North America.
1851 — Décès à New York.
Bien au-delà de l'oeuvre artistique, littéraire et scientifique, l'esprit d'Audubon a continué de souffler sur l'Amérique après sa mort. Et l'héritage du plus américain des Français (à moins que ce ne soit l'inverse !) est une toute puissante association - la National Audubon Society - créée en 1886, 35 ans après la disparition de son emblématique figure. Forte aujourd'hui de 600 000 membres, la société Audubon gère une centaine de sanctuaires naturels, s'investit dans la sensibilisation des enfants à l'écologie et fait campagne sur les thèmes de l'eau, de l'air, des zones humides et des espèces menacées.
Le domaine Audubon sur les berges de l'Hudson. Lith. de Major et Knapp,1865.